Elise

Paroles du morceau Elise

Quand je te prends dans mes bras le monde s’arrête, Les gens nous regardent et bougent la tête, Si par chance ils apprécient nos galipettes, Plus ou moins violentes, plus ou moins belles, Et je me sens coupable, minable, De te faire ta tête tous les jours, tous les soirs, Sans te demander ton avis, ton aval, Mais toutes mes couleuvres tu les avale, Yeah (hmmm) Tu fais vibrer mon corps et mes cordes vocales, Le plaisir de manier ton corps est colossal, On a créé un monde tous les deux et tu le sais, Tu m’appartient sur la durée, Je lime, je lime, jamais je m’arrête, Tu cries, je me dit que tu es honnête, Les voisins nous entendent, Le son transcende, Les murs et les gens, émoustille les sens, Elise, enceinte, je câble, je joue, De mes mains sur ton corps, oh oui, Elise se sent bien, sur mes genoux, Jamais nos étreintes ne t’éreintent, Elise, enceinte, je câble, je joue, De mes mains sur ton corps, oh oui, Elise se sent bien, sur mes genoux, Jamais nos étreintes ne t’éreintent… Je t’ai monté sur scène, plus d’une fois, Et sur un bateau en Seine-et-Marne, Tu es ma poupée de cire quand tu es sale, Et ma poupée de son quand je veux faire de l’art, Mais je me sers de toi, je pense que c’est clair, Je t’instrumentalise, Elise, J’ai aimé une femme qui se foutait de toi, Parfois le dimanche soir je cristallise, Sur toutes les brunes qui t’ont rencontrée, Et tous les hommes qui t’ont essayée, Qui m’ont dit du bien de toi, de tes formes, Et jalousé à cause d’une prose, J’aimerais tant te parler, mais tu restes de bois, Tu n’es pas tout le temps réceptive, Elise, Notre language est codé, je crois, Que tu aimes toutes les saloperies que j’écris sur toi, Elise, enceinte, je câble, je joue, De mes mains sur ton corps, oh oui, Elise se sent bien, sur mes genoux, Jamais nos étreintes ne t’éreintent, Elise, enceinte, je câble, je joue, De mes mains sur ton corps, oh oui, Elise se sent bien, sur mes genoux, Jamais nos étreintes ne t’éreintent…

Grimaud Bouveret
Le Poète et le Vandale

J’étale la pâte de ma journée sur une feuille crépusculaire, à la peau blanche,
Comme pour résoudre les pires méfaits,
Grâce à des pensées modelées par le temps.

 

Voici ce qu’est le vandale, le mauvais garçon, le pire ennemi des salons:


Un noble voyou qui prend ce qu’il y  a de plus cher
dans l’argenterie du langage, pour provoquer l’éternité
avec des phrases immédiates.

Il se sert sans scrupule dans le dictionnaire
pour agencer à son rythme des phrases ô que mal intentionnés
à l’encontre des rats de bibliothèque,
comme un pâtissier de génie qui, avec les mêmes ingrédients,
fabrique un délice alors qu’un médiocre se contente de refourguer des pains foirés.

Inutile d’en dire plus sur le vandale des mots, c’est celui dont on se penche sur les textes à l’école pour tirer des interprétations qu’il ne validera pas.

C’est l’incompris volontaire qui instaure de nouvelles règles en s’afranchissant des limites de la bienveillance névrosée et fréquentant les pires diables pour arriver à des conclusions humanistes fonctionnelles même si peu désirées.

 

Voici ce qu’est le poète (mal compris):


Un voleur de légume qui survit en temps réel sur les routes de passage,
qui arbore des atours de saltimbanque pour se donner l’air de la misère,
mais qui a connu les sphères de la tendresse beaucoup trop vieux pour s’en décentrer.

Il fourre les crânes avec des mauvaises viandes,
mais les parfume d'idéologie féérique et féminine,
rend sa composition présentable aux affamés,
mais le plat est indigeste.

Pire que d’avoir de mauvaises intentions, il utilise les écrivains précis
comme on brandit sa carte de membre pour annuler son exclusion
du cercle des vertueux. Pour organiser des excisions en réunion, c’est toujours les plus frustrées qui sont de la partie.
Mais il n’a pas été formé à la vie plus qu’aux mots alors
il croit encore à l’inspiration narcissique et refuse la discipline.

 

Texte: Grimaud Bouveret (Monsieur Grimaud)

Crédit photo: Alex Iby

 

 

Toscane

Après avoir offert au monde le projet « Melancholia » en 2012, le tandem Monsieur Grimaud (MC) et BPM Prodz (beatmaker) revient avec un nouvel opus acidulé, torréfié sous le soleil de l’Italie et goudronné par les classiques du hip-hop des années 90.

De quoi ravir les esthètes – pratiquant notamment le road trip à flan de montagne – et les populations mondaines qui apprécieront sans doute l’aspect mi-décontracté mi-frénétique de ce disque, qui se dégusterai aussi bien en soirée débauchée que lors d’un brunch rue Saint-Guillaume en compagnie de sa dulcinée.

Le ton est cool, l’égo-trip assumé, et la poésie se distille avec préciosité dans cette oeuvre classico-moderne qui projette un texte brutal sans échapper aux rites de l’animation machinale propres à notre époque. Ici, tout est raisonné et construit dans une lutte pour la puissance, au sens Nietzschéen du terme.

Mais dans une époque où la subversion est devenue la norme, les saumons eux-mêmes ne semblent plus voir l’intérêt de remonter les courants puisque tous les chemins mènent à Rome…

L’atmosphère de « Toscane » est à l’image de son auteur, pleine de contradictions et centrée sur le Moi. Mais si Je est un autre, alors vous pouvez considérer que tout le monde sera mis dans le lot des critiques assénées au fil des 8 titres. Cependant, soyez sûrs que l’esprit non-psychologisant de Mr. Grimaud tentera d’épargner l’auditeur des épanchements victimaires qui sclérosent certains discours de rap; et ça, c’est déjà beaucoup. Loin d’une démarche moraliste totalitaire, l’auteur compile simplement des humeurs dans ses billets musicaux et les dispose en chroniques, parfois datées dans le temps, parfois exagérées, parfois sombres et parfois claires. Rien n’est figé. Tout n’est qu’impulsions et fulgurances dans des tranches de vies, peu embellies à posteriori, juste travaillées dans le marbre pour embellir un noble édifice.

Qu’on se le dise, vous n’allez pas aimer ce disque. C’est lui qui va vous aimer.

Si le philosophe Michel Clouscard assénait dans les années 80 que « Ce que vous pensez être un Voyage au bout de la nuit n’est qu’une balade pantouflarde au pays des idées reçues », Monsieur Grimaud travaille sur les deux tableaux, comme un peintre en proie à deux sentiments simultanés: celui de représenter le monde tel qu’il est tout en créant celui de demain.

Ca s’écoute/s’achète où ?

Grimaud Bouveret